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Dans son ouvrage "le gène égoïste", le ce socio-biologiste anglais Richard Dawkins affirme que les organismes ne seraient que le "truc" utilisé par les gènes pour assurer leur survie et leur multiplication : "Nous sommes des machines destinées à assurer la survie des gènes, des robots programmés de façon aveugle pour transporter et préserver les molécules égoïstes appelées gènes"1. Selon Dawkins, le "point de vue du
gène" a plusieurs avantages. En premier lieu, il permet de comprendre
toute une série de phénomènes qui, autrement, seraient déconcertants.
Ainsi, la plupart des espèces animales se livrent à des combats épuisants
et nuisibles pour conquérir les femelles. Chez certaines races de guêpes,
la femelle introduit son aiguillon dans les ganglions nerveux de sa
victime afin de la paralyser sans la tuer. De cette manière, les larves
de la guêpe parasitent
L'hypothèse de l'égoïsme des gènes explique tous les comportements des êtres vivants, sans exception. Dans un univers fait d'électrons et peuplé de gènes égoïstes, où rien ne préside à sa conception, aucun objectif, aucun bien et aucun mal n'existe. Seuls, les longues chaînes d'ADN tentent de survivre en nous imposant leurs lois, avec indifférence. Bien que scientifiquement séduisante, cette sombre et inquiétante perspective se heurte à certaines difficultés conceptuelles. Une telle approche, centrée sur le rôle du code génétique, minimise l'importance de tous les autres processus. En particulier, la sélection naturelle opère sur les individus et non directement sur les gènes. Elle ne les "voit" qu'au travers des organismes qui résultent de leur développement. Dawkins a la plume d'un darwiniste qui considère que l'évolution est une lutte pour l'existence et cela au niveau le plus bas, celui des molécules. L'approche des gènes égoïstes ne doit pas être confondue avec une autre hypothèse proposée par Orgel et Crick en 1976, puis par Doolittle et Sapienza en 19802. En 1953, il fallut moins d'une page à James Watson et Francis Crick pour présenter la structure de l'ADN. Il s'ensuivie une conception du code génétique semblable à un collier de perles, où chaque perle représente, en bon ordre, un trait particulier de l'individu. Nous savons aujourd'hui que l'assemblage génétique est beaucoup plus complexe. Beaucoup de gènes se présentent en fragments, séparés par des séquences qui ne semblent pas utilisées. En outre, de nombreuses protéines sont codées par des séquences partielles réparties sur plusieurs chromosomes. Enfin, seule une infime fraction de l'ADN code les protéines des organismes supérieurs : entre 1 et 2% chez l'homme. En fait, une grande partie correspond à des séquences qui sont répétées des centaines ou des milliers de fois, mais de façon dispersée. Selon Orgel et Crick, ces copies ne confèrent aucun avantage aux organismes. Ces gènes ont, en quelque sorte, trouvé le moyen d'échapper à la sélection naturelle pour assurer la survie d'un plus grand nombre d'exemplaires d'eux-même à l'intérieur d'un organisme. Le titre de leur article reflétait parfaitement cette idée : "l'ADN égoïste ou le parasite ultime".
Les théories des gènes égoïstes sont
intéressantes parce qu'elles nous proposent un changement de perspective.
Dans le modèle darwinien classique, les seuls individus qui comptent
sont les organismes. A l'inverse, avec les gènes égoïstes, les macromolécules
génétiques jouent le rôle principal. Or, il existe dans la nature d'autres
niveaux d'organisation. Ne peut-on concevoir l'évolution dans un cadre
plus général applicable à tous les niveaux ? |
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1. Dawkins R., Le gène égoïste, Editions Menges,
Paris, 1978. |