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Après sa publication en 1859, la théorie
darwinienne fut remaniée plusieurs fois. Ainsi, Auguste
Weismann (1834-1914) signa l'acte de naissance du néo-darwinisme en
s'attaquant à l'hérédité de l'acquis. En 1883, il fit un discours à
l'université de Fribourg-en-Brisgau où il présenta son modèle de continuité
germinale. La théorie de Weismann1 reposait sur une conception
corpusculaire du patrimoine héréditaire à l'instar de l'hypothèse
Le néo-darwinisme fut ensuite complété par les lois de Grégor Mendel (1822-1884) qui régissent la transmission héréditaire2. Découvertes en 1865, elles passèrent inaperçues puis furent redécouvertes indépendamment en 1900 par trois autres chercheurs. Les facteurs héréditaires, supposés par les lois statistiques de Mendel furent identifiés avec les déterminants de Weismann et, bien plus tard, avec la découverte des gènes dans les chromosomes.
Le darwinisme fut amendé une seconde fois dans les années 1930-1940 par un ensemble de chercheurs d'origines différentes. Enrichie par l'apport de nombreuses contributions, elle devint une synthèse multidisciplinaire dans laquelle l'évolution part d'un fondement génétique, les mutations aléatoires, pour être ensuite passées au crible de la sélection naturelle. Avec la découverte de l'ADN en 1953, qui représente le support universel de l'hérédité, l'évolutionnisme changea d'époque. Darwin apparut dès lors comme un homme d'un autre âge, un naturaliste qui observait la vie comme peut le faire un botaniste ou un collectionneur de coléoptères. Désormais, les spécialistes de l'évolution sont plutôt des biologistes de laboratoire, entourés par les outils de la technologie moderne.
La théorie synthétique, avec son principe de mutation-sélection, est devenue la position dominante, adoptée officiellement par la communauté scientifique internationale. Elle peut être résumée par trois idées essentielles : 1. l'évolution est le fruit d'une modification progressive et continue des êtres vivants au cours des générations ;
2. la reproduction implique une hérédité : le matériel héréditaire (les gènes) subit, au niveau moléculaire, des modifications par mutations, aboutissant ainsi à une grande diversité ; 3. le mécanisme central est la sélection naturelle qui opère au niveau des populations en sélectionnant les individus les mieux adaptés à leur environnement.
Considérons une culture de bactéries
à laquelle nous ajoutons des antibiotiques : la plupart des bactéries
vont mourir, mais quelques unes vont survivre à cette épreuve. Il y
a deux manières d'expliquer ce phénomène. La première considère que
les bactéries survivantes étaient prédisposées à survivre aux antibiotiques
grâce à une mutation favorable et antérieure à l'expérience. La seconde
explication possible est que l'influence de l'antibiotique provoque,
chez certaines bactéries, une adaptation à cette agression. Dans le
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1. Weismann A., La continuité du plasma germinatif
comme base d'une théorie de l'hérédité, Editions Reinwald, Paris, 1892. |